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Route solaire : arrêtons de dépenser sans compter au nom de la transition.

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Avril 8, 2019 par LHK Route solaire : arrêtons de dépenser sans compter au nom de la transition. Source photo Caradisiac La Cour des Comptes estime, dans un rapport récent(1), à 121 milliards d’euros le montant du soutien public aux énergies renouvelables auquel l’État s’est engagé par les contrats signés avant 2017(2). Elle estime qu’il faut « asseoir la politique énergétique sur des arbitrages rationnels fondés sur la prise en compte du coût complet des différentes technologies ». Le Sénat vient de livrer de façon caricaturale une démonstration que le message de la Cour des Comptes n’est toujours pas passé. Dans le cadre de la discussion de la loi sur les Mobilités, la chambre haute vient en effet d’adopter un amendement permettant d’utiliser les recettes des certificats

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Route solaire : arrêtons de dépenser sans compter au nom de la transition.

Route solaire : arrêtons de dépenser sans compter au nom de la transition.
Source photo Caradisiac

La Cour des Comptes estime, dans un rapport récent(1), à 121 milliards d’euros le montant du soutien public aux énergies renouvelables auquel l’État s’est engagé par les contrats signés avant 2017(2). Elle estime qu’il faut « asseoir la politique énergétique sur des arbitrages rationnels fondés sur la prise en compte du coût complet des différentes technologies ».

Le Sénat vient de livrer de façon caricaturale une démonstration que le message de la Cour des Comptes n’est toujours pas passé. Dans le cadre de la discussion de la loi sur les Mobilités, la chambre haute vient en effet d’adopter un amendement permettant d’utiliser les recettes des certificats d’économies d’énergie (CEE) pour financer les routes solaires. Avant de prendre cette décision, les sénateurs ont-ils examiné le bilan désastreux des projets lancés ?

Rappels des faits. Fin 2015, la société Colas lance l’idée de produire de l’électricité par des panneaux solaires sur les routes dans la perspective de remplacer les centrales photovoltaïques classiques. Ce projet résulte de travaux réalisés dans les laboratoires de l’INES à Chambéry sur une piste de 10 mètres de long seulement…

La ministre de l’environnement, Ségolène Royal, trouve l’idée géniale, lumineuse. Elle tweete le 31 janvier 2016 : « la route solaire, innovation française, sera installée sur 1 000 km en France. Grands travaux ». Le 22 décembre, elle inaugure dans l’Orne une route d’un kilomètre (surface de 2 800 m2). Le financement est assuré par une subvention de 5 millions d’euros. Or, le coût de l’électricité de la route solaire est beaucoup plus élevé que celui de l’électricité issue des centrales au sol, des ombrières solaires de parking et du solaire en toiture. L’écart est même astronomique. Deux ans après, quels enseignements peut-on tirer ?

La route solaire plaît à certains élus car elle est visible.

La production a été deux fois plus faible que prévu en 2017 et elle l’a été encore davantage en 2018 comme l’indique le site spécialisé BDPV(3) qui a suivi la production mois après mois. Par ailleurs, la route solaire a dû faire l’objet d’importants travaux tout au long de l’année 2018. En outre, une limitation de vitesse a été introduite pour réduire les nuisances sonores. Aucun retour d’expérience n’a été communiqué pour que les sénateurs puissent prendre une décision réfléchie. In fine, le coût de ces investissements aberrants qui se sont développés de façon virale, de la Vendée à la Picardie, sera supporté par le consommateur final. La route solaire plaît à certains élus car elle est visible.

Il y avait deux marchés en perspective pour Colas : celui de masse et celui de niche. Le premier a été abandonné. En effet, la route solaire de Tourouvre « ne sera pas notre modèle de commercialisation », a admis le directeur de Wattway dans le cadre d’une interview pour le média Le Perche le 6 mars 2019, ajoutant que « sur l’autoroute, le trafic est plus conséquent, les nuisances seront donc plus fortes. Ce n’est pas le meilleur endroit pour une route solaire, c’était un coup de communication ». Le projet de Ségolène Royal, annoncé à quelques mois de l’élection présidentielle de 2017, relevait donc clairement d’une opération de « PR » (Public Relations). Financée par les contribuables.

Pour alimenter par exemple des feux de signalisation, il existe des solutions concurrentes bien meilleur marché…

Concernant le marché de niche, autrement dit les applications en bord de route pour alimenter par exemple des feux de signalisation, il existe des solutions concurrentes bien meilleur marché. C’est ce qu’a souligné Richard Loyen, délégué général d’Enerplan, syndicat des professionnels de l’énergie solaire, en réaction à la décision des sénateurs présents le jour du vote. L’aide publique accordée à Colas biaise ce marché de niche. Pour Richard Loyen, si la route solaire reste plus chère au kWh produit que d’autres solutions comme les ombrières, les murs solaires anti-bruit et les petites centrales au sol, alors elle ne trouvera tout simplement pas de marché. La sélection naturelle de Darwin est à présent perturbée par l’artifice des CEE.

Pour rappel, Colas annonçait initialement être en mesure de faire baisser le coût d’investissement de 14 €/W (dans le cas de Tourouvre) à 2-3 €/W à un horizon d’environ une décennie. Cet objectif – même s’il avait été atteint – avait été considéré comme absurde par plusieurs experts, y compris ceux de l’agence américaine Bloomberg New Energy Finance, étant donné que le coût d’investissement d’installations photovoltaïques classiques était déjà inférieur à 1 €/W et était encore appelé à baisser parallèlement. À présent que le marché de masse a été abandonné par Colas, il est en outre peu probable qu’une telle baisse se produise. Ce sont des milliards et des milliards de dollars qui ont été investis, notamment en Chine, pour faire baisser les coûts du solaire photovoltaïque classique depuis une décennie…

Par ailleurs, le CAPEX (coût d’investissement) n’est qu’une composante du coût total du kWh. Il faut aussi intégrer les OPEX (dépenses d’opération et de maintenance), la durée de vie des installations (la route solaire de Tourouvre a été garantie 3 ans par Colas, l’installation vendéenne agonisait au bout de seulement un an et a été intégralement remplacée alors qu’une centrale solaire classique a une durée de vie de près de 30 ans) mais aussi l’évolution du rendement du système au cours du temps ainsi que les taux d’intérêt.

La décision du Sénat relative à la route solaire est ainsi particulièrement inopportune alors que se développent des débats sur le poids des taxes pesant sur les consommateurs d’énergie et sur l’efficacité du dispositif des Certificats d’économie d’énergie. Les défis énergétiques et environnementaux sont suffisamment sérieux pour s’interdire des annonces qui relèvent plus de l’optimisation de la Corporate Value que de l’expérimentation de technologies prometteuses. Ce genre de projet discrédite les approches technologiques sérieuses indispensables pour relever les défis futurs.

Olivier Appert est membre de l’Académie des technologies et ancien président du Conseil français de l’énergie.
Olivier Daniélo est rédacteur énergie.

Sources / Notes

  1. « Le soutien aux énergies renouvelables », Communication de la Cour des Comptes à la commission des finances du Sénat.
  2. L’échéance la plus tardive des contrats attribués intervient en 2046. « La charge annuelle des engagements passés ne diminuera donc significativement que postérieurement à 2030, lorsque le poids des engagements antérieurs à 2011 s’estompera », indique la Cour des Comptes.
  3. La production de la route solaire de Tourouvre a produit 149,5 MWh en 2017, contre 297,7 MWh de production attendue par an selon le site BDPV.
Liliane HeldKhawam
Bienvenue sur le blog personnel de Liliane Held-Khawam! Vous trouverez ici plusieurs publications parues dans la presse ou dans des revues spécialisées. Liliane Held-Khawam est née à Héliopolis (Egypte) et a vécu au Liban, en France, Suisse, Etats-Unis.

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